Paris 2024 : Faut-il y croire ?

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Toronto et Hambourg ayant finalement jeté l’éponge dans la dernière ligne droite, il n’y aura que quatre villes candidates à l’organisation des Jeux Olympiques de 2024. Paris, Rome, Los Angeles et Budapest devront patienter jusqu’en septembre 2017 pour connaître le verdict du comité olympique.

Même si rien n’est joué, Madame et Monsieur Parisien vous dit pourquoi les parisiens peuvent (encore) croire en leur rêve d’olympisme ?

Après avoir essuyé les larmes des candidatures non retenues de 2008 et 2012, Paris est à nouveau prête à accueillir les Jeux Olympiques. Si certains s’inquiètent déjà des coûts exorbitants que cette candidature pourrait engranger, un sondage l’Équipe révèle que 8 français sur 10 sont favorables à l’organisation de l’évènement dans la ville lumière. Mieux, les trois quarts estiment que Paris obtiendra l’organisation des JO, tandis que 94% avoue que l’amertume des précédents échecs est toujours présente.

Alors si Paris reste, comme toujours, l’une des favorites à l’obtention finale, elle se confrontera, à nouveau, à des concurrents aux dossiers solides. Los Angeles et Rome apparaissent comme des favoris évident même si la situation économique italienne et la vétusté des infrastructures de la cité de la côte ouest américaine font tâche. Budapest, quant à elle, a plus le profil d’un outsider qui serait une surprise en cas de victoire…

Des infrastructures existantes

Pour se défendre, la capitale française aura des arguments et plutôt des bons. Tout d’abord, l’organisation de ces jeux ne devrait pas lui coûter si chère (entre 3 et 6 milliards d’euros), du moins quand on la compare avec les autres candidatures. Paris n’aura en effet, que peu d’infrastructures à bâtir, là où uniquement 20% des gymnases, stades et autres piscines sont en service outre-Atlantique. Seul le village olympique ainsi qu’un terrain de hockey sur gazon se font attendre. L’organisation de l’Euro 2016 de football permettra à Paris 2024 d’offrir des stades flambants neufs aux athlètes, tout comme l’imminente rénovation de Roland-Garros ou encore l’ouverture récente du vélodrome national à St-Quentin en Yvelines. Une candidature qui peut être perçue comme une double candidature puisque Marseille accueillera les épreuves nautiques des jeux olympiques en cas de victoire de Paris en septembre 2017.

Une attente positive

De plus, voilà 2 dossiers de candidature auxquelles la mairie de Paris se voit attribuer un refus de la part du comité olympique. À chaque fois, « la plus belle ville du monde » a été battue par des capitales de grandes puissances mondiales: Beijing d’abord, Londres ensuite. Résultat:  voilà 92 ans que les parisiens n’ont pas organisé le plus grand évènement sportif au monde. Une impatience qui assurent une organisation digne de ce nom. Alors que plusieurs élus avaient d’ailleurs déclaré que les deux précédentes candidatures n’avaient pas été constitués du mieux possible, ils assurent que celle-ci est bien digne du standing de la troisième ville la plus visitée au monde. Jean-Francois Lamour, député parisien a ainsi affirmé: «si nous y allons, c’est pour gagner!»

Enfin, la maire de Paris, Anne Hidalgo, compte jouer sur «l’effet centenaire» de l’évènement (Paris n’a plus organisé de JO depuis 1924). Un symbole qui pourrait compter dans la dernière ligne droite… Les «défaites» récentes devraient également peser dans le choix final des électeurs qui pourraient faire preuve de gratitude à l’égard de la ville lumière.

En attendant, les sportifs et célébrités français jouent le jeu en apportant tout leur soutien à la candidature de la capitale.

Quant à nous, nous estimons qu’il n’est jamais trop tard pour que Paris soit la capitale du monde, du moins le temps d’un été…

                                                                                                                            Pierre-Alexis Jemin

La visite du président iranien à Paris

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Jusqu’où ira l’alliance entre la France et l’Iran ?

C’est sans doute la visite diplomatique la plus importante de l’année. Accompagné par plus de 150 chefs d’entreprise, le président iranien Hassan Rohani a été reçu à Paris mercredi et jeudi derniers. Total, Vinci, Orange, PSA, Airbus étaient présents pour négocier des accords de vente avec l’Iran.

Résultat des courses : 118 Airbus vont être vendus, PSA veut se réimplanter en Iran, son deuxième marché après la France avant le régime des sanctions. Une question doit être posée : jusqu’à où ira l’alliance entre la France et l’Iran ? Le pays des droits de l’Homme peut-il se permettre un mariage avec un pays opposé à ses valeurs, où la lapidation des femmes figure dans le code pénal, où les mineurs peuvent encore être exécutés, où l’exécution est elle-même autorisée ?

Jeudi, les Femen ont riposté à leur façon, et nous les en remercions. Elles ont mis en scène une simulation de pendaison publique en face de la Tour Eiffel, sur la passerelle Debilly, accompagné d’une banderole «Bienvenu Rohani, bourreau de la liberté». Les forces de l’ordre sont intervenues rapidement pour ne pas déranger une rencontre ayant des enjeux politiques et économiques.

Une question se pose : la France doit-elle s’associer à un pays où violence, inégalité, sexisme sont le quotidien des habitants. L’Iran doit encore évoluer. Le président François Hollande ne doit pas se plier et doit rester ferme.

C’est pour cela qu’une lettre signée par 65 parlementaires a été adressée au président français, rappelant que le président iranien a encore nié, il y a 2 semaines, l’existence de la Shoah. Une incompatibilité entre une diplomatie dite des intérêts et une diplomatie des valeurs est vraisemblablement présente.

Léa Bitton

Omar, 29 ans, chauffeur de taxi parisien

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Taxis / VTC : la guerre du service

La semaine dernière, les taxis parisiens étaient réunis aux abords du Palais des Congrès, épuisés, dénonçant une situation qu’ils jugent «insupportable». Loi Thévenoud, manifestations, condamnation devant le tribunal correctionnel, voilà trois années que taxis et VTC  se livrent une guerre sans merci. Revenant sur les grandes lignes du conflit, Madame et Monsieur Parisien est allé à la rencontre d’un chauffeur de taxi parisien exaspéré.

« De l’esclavagisme moderne! »

Omar, 29 ans, est chauffeur de taxi depuis 7 ans maintenant, après des premières années fructueuses, il nous avoue que sa situation s’est beaucoup dégradée. Aujourd’hui, il peine à avoir des fins de mois convenables, lui qui réalise des semaines de 50 heures en moyenne. «Avant, les clients attendaient les taxis, maintenant, c’est nous qui cherchons les clients… Quand on vous enlève la moitié de votre clientèle, évidemment, c’est plus compliqué de gagner sa vie correctement.»

Lorsqu’on l’interroge sur la situation actuelle du marché, ce fils d’immigré marocain soupire : «À la libéralisation du secteur, nous, chauffeurs de taxi, nous savions que ce serait difficile, mais à ce point, nous ne l’imaginions pas. Désormais, nous sommes en retard dans tous les domaines: qualité du véhicule, de l’accueil, numérisation du service, tout est à revoir si l’on souhaite survivre». Omar est épuisé, énervé par les décisions «insuffisantes» prises par le gouvernement, et déçu de l’image que les Français se sont à présent fait des taxis.

Voleur, désagréable, aigri, il avoue avoir tout entendu au sujet de sa profession, même s’il nous confie qu’ils ne sont pas tous «honnêtes et jovials».

Il espère dorénavant plus de fermeté de la part du gouvernement: «la loi Thévenoud, je la trouvais laxiste, alors si en plus on ne l’applique pas… Cette situation, c’est de la concurrence déloyale! Uber a tué notre profession, être taxi en 2016, c’est de l’esclavagisme moderne!» 

« Si ça ne s’arrange pas, j’arrête! »

Omar est lassé par leurs appels à l’aide, passés au plus haut de l’État, restés sans réponse. Manifestations, blocus, actions coups de poing, ils ont tous tenté.

Selon lui, «la situation est alarmante», à tel point que c’est désormais leur avenir qui va se jouer dans les prochains mois. «Nous, on paye une licence 240 000 euros, une assurance tous les mois! Eux, à peine 7000 euros pour pouvoir exercer le même métier. C’est inadmissible! On condamne Uber à 100 000 euros d’amende mais on ne les oblige pas à la fermeture, c’est franchement écœurant.» Désemparé, Omar sait que la clientèle utilisant les nouvelles applications telles que Uber ou Heetch sont des jeunes, attirés par les prix pratiqués par ces dernières; il craint que cette «épidémie» se confirme.

La semaine dernière, les taxis parisiens étaient remontés Porte Maillot. Ils voulaient tous simplement l’arrêt des VTC, estimant que deux acteurs ne pouvaient pas cohabiter dans ce secteur. Omar faisait parti de ces manifestions. Pour lui, «c’était le cri du désespoir». «J’ai assez galéré pour ne pas m’épanouir au quotidien. C’est bien de vouloir être écouté, encore faut-il nous faire entendre. Si ça ne s’arrange pas, j’arrête !»

Car pour lui, cette malheureuse situation ne touche que les chauffeurs de taxi des métropoles, là où Uber exerce sa concurrence. «Le problème, c’est que notre colère ne fait pas l’unanimité au sein de notre profession en France. Dans les communes moyennes, ils n’ont pas ce problème que sont les VTC pour nous. De ce fait, c’est difficile d’être compris et soutenu par tous.»

«C’est une mode à laquelle il faut mettre un terme, sinon le gouvernement va se retrouver avec des milliers de chômeurs de plus sur la conscience.» Quoi qu’il advienne Omar espère exercer le plus longtemps possible sa profession même s’il sait que l’avenir sera compliqué si aucune décision n’est prise par le gouvernement. Fatigué par trois années de conflit, il est passé par tous les états, jusqu’à même envisager de devenir lui-même un chauffeur de VTC… 

Pierre-Alexis Jemin

Le luthier du centre musical parisien

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Le luthier parisien.

La boutique, située rue de Rome à Paris, est bercée par la délicieuse odeur de sciure de bois. Ce parfum m’a directement transporté dans l’univers de François C., celui de la musique, où reposent des dizaines d’instruments à cordes. Violon, altos, et violoncelles du 18ème siècle se prélassent sur un long bureau. D’autres, sont accrochés au mur, en attendant d’être restitués à leur propriétaire. François n’est pas seul, son ami depuis plus de 20 ans, Christophe D., partage sa passion pour les instruments anciens. François tient à eux autant qu’à la prunelle de ses yeux. C’est un artiste aux multiples talents. Diplômé de peinture aux Beaux Arts, il s’oriente vers la lutherie en autodidacte. Sa passion pour la musique prend le dessus. Il ouvre alors son atelier de lutherie avec son compère Christophe en 1994.

Accueillant, François me propose une tasse de café, préparée dans une machine datant probablement de l’installation de la boutique. Notre artisan commence alors à m’expliquer, avec jubilation, en quoi consiste son métier. « Cela consiste à acheter et à vendre des instruments anciens, à les restaurer, à les expertiser et à les accorder. On redonne vie aux instruments en les remettant en état de marche ». Christophe, lui, s’occupe plus particulièrement des archers, des manches qui frottent contre les cordes des instruments, demandant un entretien plus récurent. Leur boutique bouleverse mes sens. L’odeur du vernis se mariant parfaitement avec la colle de nerf, le cognement des outils contre le bois et le bruit du pinceau glissant sur l’épicéa, m’envoient directement à Crémone en Italie, « la Mecque de la lutherie » où les Stradivarius sont nés.

La mondialisation également présente dans la lutherie…

A l’heure de la mondialisation, la concurrence est partout. L’importance d’une clientèle fidèle est essentielle. « Vous avez par exemple la concurrence de la Chine, où les instruments arrivent par container ». La qualité n’est sans doute pas la comparable, mais la différence de prix, elle, n’est pas négligeable. La lutherie « c’est aussi un commerce » m’explique François. Le lieu, la réputation et l’expérience sont indispensables pour pouvoir vivre de sa passion. Toutefois, il ne s’inquiète pas sur l’avenir de son métier. « Il y aura toujours besoin de professionnels aguerris pour restaurer des instruments ».

François m’explique que pour ceux qui seraient intéressés de suivre ses traces, il existe plusieurs écoles pour se former à ce métier de passion. L’un d’entre eux se trouve à Mirecourt, dans l’Est de la France et porte le nom d’un des plus grands luthiers français : Jean-Baptiste Vuillaume. Pour François, le goût de la musique et de la lutherie se transmet de génération en génération. « Le maître se doit d’enseigner son talent à son apprenti pour perpétuer son art ». C’est ainsi que son associé, Christophe D. a apprit ce métier qui mêle musique et antiquité.

La sonnerie du téléphone qui retentit met fin à notre entretien. Je profite de ces derniers instants pour observer de plus près le travail de Christophe. Ce dernier est équipé de lunettes pour se protéger des éclats de bois. Je constate que son travail est précis, authentique et unique. L’assemblage de toutes ces pièces et ce perfectionnisme donne une alchimie musicale que seuls les luthiers arrivent à créer.

Léa Bitton

La marche

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Un an déjà

Voilà une année que des Parisiens encore meurtris par les attaques contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher envahissaient les rues de la capitale, criant leur indignation, en fervent défenseurs des libertés. Ce jour-là, nous étions tous Charlie. Pas de religion, de discrimination, Paris se rassemblait comme un seul Homme. Aujourd’hui, cette foule immense n’est qu’un lointain souvenir. Qui est Charlie? Qui ne l’est pas? L’image d’un peuple français uni a véritablement disparu.

Affaibli par la crise et déchiré par un communautarisme croissant, gangrené par une montée de l’extrême droite, le futur de la France est plus que jamais flou. Madame et Monsieur Parisien revient sur une année qui a changé à jamais notre histoire.

 

Ensemble…

Paris, ville lumière admirée aux quatre coins du monde pour sa beauté, sa population, est frappée en son centre pour les valeurs qu’elle défend. Cette phrase résume à elle seule ce que nous avons subi au cours de l’année 2015. Au beau milieu d’un mois de janvier, hommes et femmes étaient abattus parce qu’ils étaient juifs, policiers, ou journalistes, au nom d’une idéologie extrémiste qui n’a rien de commun aux religions connues. Très vite, des hommages du monde entier venaient soutenir un peuple attristé, lui qui a toujours défendu des valeurs universelles.

Ce 11 janvier, nous étions si nombreux, si beaux. Charlie ou non, les Français ne faisaient qu’un. Nous avions tous ce même sentiment d’appartenance. « Je ne suis pas de telle ou telle confession, ni de cette communauté, je suis tout simplement français » pouvions-nous entendre sur les lèvres des Parisiens. Réunis Place de la République, devenue le symbole d’une France rassemblée, nous échangions larmes et sourires avec des inconnus qui devenaient, le temps d’un instant, des amis.

Des mois durant, nous avons fait comme si rien de tout cela ne c’était passé, mais comme marqués à jamais, le sujet revenait sans cesse au milieu d’une discussion entre amis. Puis, un soir de novembre comme tant d’autres, alors que certains allumaient leur poste de télévision pour regarder un match de football, que d’autres sortaient entre amis, un vent de terreur soufflait de nouveau. 21h40, nous recevons tous ce SMS dépourvu de sens, écrit par nos parents, nos amis, nos conjoints : « T’es où? » .

Dès lors, l’inquiétude grandit. Les Parisiens restés chez eux ne lâchent plus des yeux les chaînes d’information en continu, les autres tentent par tous les moyens de regagner leur domicile voire de se mettre à l’abri…

Le lendemain matin, nous croyons tous avoir fait un mauvais cauchemar. Mais, tout cela est bien réel. La France a perdu 130 de ses enfants, tués par la même barbarie que les victimes de janvier. Ces enfants-là n’étaient ni journalistes, ni policiers, mais simplement Français, abattus pour un verre en terrasse, un concert de rock, ou un match de football.

Dès lors, le monde entier se dit « être français », rappelant que nous sommes un pays où la liberté que l’on possède, acquise au prix du sang, en a inspiré bien d’autres. Aujourd’hui, le terrorisme ne tue plus pour une raison mais pour une nationalité. Aujourd’hui, Paris est une cible.

 

Et maintenant?

Désormais, les Français sont à la recherche d’une identité. Qui sommes-nous réellement? Alors que le deuil fut douloureux, les premiers débats politiques s’ouvrent : déchéance de nationalité, prolongation de l’état d’urgence, montée de l’extrême droite…

Mais au-delà de la réaction, c’est notre vivre ensemble qu’il faut à présent reconstruire. Comment se côtoyer au quotidien si l’on se déchire parce que nous sommes d’origines diverses, de religions différentes? Telle est la question à laquelle chaque citoyen est confronté.

Le 10 janvier dernier, l’absence des Parisiens à la cérémonie organisée en mémoire aux victimes des attentats de janvier a été remarqué. Ils étaient peu nombreux. Comme un changement radical entre deux dimanches de janvier, séparés d’une année seulement, mais où tout a changé. Du million et demi de personnes réunies montrant leur présence à des centaines seulement, nous nous demandons « Où est passé Charlie? ».

Si nous étions meurtris par le drame survenu l’hiver dernier, nous sommes bouleversés par les évènements de novembre. Partagés entre la peur d’une nouvelle vague de terreur et la volonté de continuer à vivre normalement, les Parisiens essayent de tourner une page douloureuse de leur histoire.

Au fil du temps, les terrasses se remplissent à nouveau, les salles de concerts font le plein, et les passionnés de football regagnent les stades.

À l’aube d’une campagne électorale qui s’annonce électrique, la vie a repris son cours à Paris et partout en France, espérant des jours meilleurs.

 Pierre-Alexis Jemin

Colette B., Parisienne de 82 ans

 17296747630_22ea2f109c_zColette B., Parisienne et juive de 82 ans nous raconte son enfance pendant la Seconde Guerre mondiale à Paris, et son obligation de fuir la capitale. Remontons le temps de 74 ans...

« Quel âge aviez-vous au début de la Guerre ?

La guerre a été déclarée le 1er septembre 1939. Je venais d’avoir 6 ans en juillet. Je me souviens très bien du visage de mes parents, et de l’angoisse qu’ils véhiculaient à l’idée de nous protéger, moi et ma petite sœur, qui avait 18 mois de moins que moi.

Comment était l’ambiance chez vous ?

Grâce à papa qui était membre du Parti Socialiste, nous étions au courant de tous les crimes qu’avait commis Hitler depuis 1933. Il massacrait tous les opposants au nazisme. Nous habitions à Paris, dans le 12e arrondissement. Chez nous, l’angoisse était pesante et lourde.

Quand votre quotidien a-t-il réellement changé ?

Notre quotidien a commencé à changer dès 1939. Mes grands-parents maternels avaient une villa à Villennes-sur-Seine à une trentaine de kilomètres de Paris. Le maire était venu les trouver en leur conseillant de vendre leur propriété, car ils étaient juifs. Ils l’ont écouté et l’ont vendu pour quelques broutilles. A partir du moment où nous avons quitté Parisc’est ma maman qui nous servait d’institutrice à Michèle et à moi. On changeait souvent d’adresse.

A partir de quand avez-vous quitté Paris et pourquoi ?

En 1940, papa avait été fait prisonnier de guerre. Il s’est sauvé, et a parcouru 600km à pied pour regagner Paris accompagné d’un petit chien. Nous devions alors partir pour la zone libre. Le 31 décembre 1941, papa, maman, Michèle et moi avons passé la ligne de démarcation à l’aide d’un passeur. Cette soirée est gravée dans ma mémoire (très émue, ndlr.). Je me souviens que Maman avait glissé sur la voie ferrée et que papa l’avait rattrapée. Michèle se plaignait de ne pas avoir la force de marcher. Elle était portée à tour de rôle par mes parents, elle avait 5 ans. On ne se rend pas bien compte lorsque lon est un enfant.

Avez-vous ressenti l’antisémitisme ?

En zone libre, nous avons très peu fréquenté l’école, mais je me souviens qu’à Saint-Bueil, au bout de 3 jours, on nous lançait des pierres en nous traitant de « sales juives ». On a même fréquenté une église à La Roche tous les dimanches jusqu’au jour où le curé a proféré des paroles antisémites. Ça nous a fait un drôle d’effet. Nous n’avons plus jamais fréquenté d’églises...

Où vous êtesvous cachés pendant la Guerre ?

En janvier 1942, après avoir passé la ligne de démarcation, nous sommes arrivés dans un petit village qui s’appelait Petit Taponnât. Je me souviens on nous avait dit « vous êtes libres » (pleurant, ndlr.). De là, nous avons rejoint Lyon,  mes grandsparents paternels se cachaient.Mon père vendait du cirage sur le bord des routes pour gagner un peu de sous, puis un jour, une voiture remplie d’Allemands et de « souris grises » (surnom donné aux femmes militaires de l’armée allemande) s’est arrêtée devant lui. Les officiers lui ont demandé «Vous juif ?», il a répondu «Moi ? Mais pas du tout !», puis ils sont partis. Encore un miracle comme seule la guerre en produitUmatin de novembre 1942, aux Lecques, dans le Var, nous avons ouvert les volets, et nous avons vu l’armée allemande qui venait d’Algérie pour envahir la Zone Libre. Mes parents étaient fous d’inquiétude. Lorsque nous sommes partis, les Allemands nous ont dit « n’ayez pas peur on a des canons ! », ils croyaient qu’on fuyait à cause des Anglais qui arrivaient ! Nous sommes partis pour le Pont-de-Beauvoisin, en Isère, mais nous ne sommes pas restés longtemps car les juifs commençaient à être déportés. Nous sommes arrivés à Saint-Bueil et nous y sommes restés jusqu’à la Libération.

Comment avez-vous vécu la Libération ?

La Libération ! C’était une joie indescriptibleNous sommes arrivés à Paris où nous avions pu récupérer l’immeuble qui appartenait à ma grand-mère. On a défilé le 8 mai 1945 en chantant et en embrassant les soldats américains qui nous donnaient du chocolat et des bonbons. Ils nous ont fait monter sur leurs chars. C’était la vie qui revenait, l’éblouissement, nous savions que la France avait gagné contre ces monstres… Malgré toutes ces souffrances morales, Michèle et moi avons eu une enfance merveilleuse, protégé par l’amour de nos parents et de nos grands-parents. Nous vivions à travers l’angoisse de nos parentset malgré notre très  jeune âge, nous comprenions que cette période était dramatique pour les Juifs.

Avez-vous peur de l’oubli ?

Oui j’en ai peur car beaucoup n’ont pas été concerné ; pour eux c’est une page à tourner. Par contre j’ai fait en sorte de tout transmettre à ma fille et à mes petit-fils pour qu’un jour ils transmettent à leurs descendants ce que nous avons vécu, mes parents, Michèle et moiMalgré cela, je pense qucette époque dramatique est assez bien évoquée dans les écoles pour éviter l’oubli. Du moins, je l’espère de tout mon cœur. »

Propos recueillis par Léa Bitton